Isabelle de Maison Rouge laps

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Jean-Louis Poitevin — pour le N° 69 de TK21 La Revue.

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"Hélène Langlois inscrit ses images dans une tradition forte, celle qui vise à faire exister la lumière comme l’entité même qu’il faudrait parvenir à mettre en image. Et de corps en corps, d’instant en instant, elle atteint ce seuil sur lequel en effet, on peut se demander si la lumière n’a pas changé de statut et que, de condition de la vision elle n’est pas devenue l’impossible que traque le regard." 

Julien Arnaud — L'histoire de l'instant

L’art de capturer la lumière demande une exigence qu’Hélène Langlois s’emploie à contrarier dans la grande improvisation fleuve du quotidien. Naturelle ou artificielle, technique ou technologique, cette lumière qui fabrique par essence la photographie, compose le grand récit puzzle que la plasticienne s’échine à inventer dans l’espoir de déplacer le réel.

Il y a très longtemps, dans un atelier de l’école des beaux arts du Mans, Hélène Langlois dépolissait des miroirs pour y inscrire des mots. Pour faire apparaître ces mots, nous devions nous pencher vers notre image, jusqu’à zoomer sur notre bouche et souffler fort. Face à cette représentation intime et abstraite de nous-mêmes, au narcissisme imposé par l’œuvre conceptuelle, nous produisions un récit éphémère.

Le travail d’Hélène Langlois s’est naturellement tourné vers l’image photographique. Médium de l’apparition, du récit-fantôme, ce n’est plus le souffle qui se pose sur la surface, mais la lumière. Et la photographie, pleinement dans ses fonctions traditionnelles, capture cet instant où des matières, des visages et des fragments de corps, des objets ou des architectures sont révélés par le clair obscur du présent.   

Ce sont les « figures du quotidien qui sont à garder » dit-elle, une mémoire de l’instant qui sera l’un des éléments d’une histoire recomposée. Car Hélène Langlois ne se contente pas de remarquer les anecdotes du temps présent. Elle additionne ses images qu’elle désacralise par un jeu subtil du montage. Il s’agit de « démasquer le détail discret », d’abord par le cadrage et ensuite par projection mentale au sein d’une narration conceptuelle. Il faut échapper au traitement du sujet pour aller vers un bout à bout instinctif, à l’image d’Arnaud Desplechin qui n’hésite pas à montrer Nora dans Rois et Reines dans une même scène rejouée mainte fois par Emmanuelle Devos où l’actrice se présente parfois défaillante, parfois sure d’elle, en auto-analyse naïve et objective. Le même plan pour une tridimensionnalité de l’intime, mais aussi pour appuyer sur le bouton de l’histoire de l’instant.

Hélène Langlois peut rejouer chaque image dans cet esprit, sans la religion vouée à la plasticité argentique. Les technologies numériques sont pour elle des outils de captation lors de la prise de vue, de montage sur les réseaux et la banque de données, le data center des atmosphères qu’elle présentera dans l’espace d’exposition. Son travail prend alors toute sa force formelle. Après avoir commandé à l’appareil d’opérer un relevé quasi documentaire sur la lumière, l’artiste déploie dans l’espace les apparats d’une photographie douce. Mais c’est pourtant la cruauté de cette lumière qui mange et qui obscurcit le sujet – signe des stigmates d’une admiration de l’artiste pour Vermeer, Rembrandt ou encore Boulogne, ses amis de l’Ecole du Louvre où elle a fait ses premières armes – qu’elle met en jeu pour créer une mémoire vive au hasard.

Et alors à Hélène Langlois de citer marcel Proust : "La photographie acquiert un peu de la dignité qui lui manque, quand elle cesse d'être une reproduction du réel et nous montre des choses qui n'existent plus."

 

Frédérique Chapuis — Télérama

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